Les portes du bus étaient vivantes

Ketchup Mayo

Gasp
juin 8, 2016

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Les portes du bus étaient vivantes

Je vis dans une petite bourgade au cœur de la Normandie. Quand tu es collégien, tu dois prendre le bus pour te rendre dans “la grande ville”. À vrai dire, tu dois prendre le bus pour te rendre n’importe où quand tu es à la campagne…

Jusqu’ici, tout va bien.

C’est donc dans ce contexte que je vais vous conter mon histoire. Mode père castor enclenché.
J’ai 13 ans, je bourgeonne, je me la joue grave avec mon tee-shirt LC Waikiki et mes Cortez aux panards. Je sèche les cours de musique de M.Turpin, et je suis au premier rang des cours de français de Mme Caillot, parce qu’elle met toujours des jupes assez courtes et qu’elle se la joue très souvent Basic Instinct, assise sur son bureau.
Je suis un jeune freluquet qui frime à l’arrière du bus. En mode ghetto du 61. Comme tous les jours, je rentre de l’école la fleur au fusil. Sauf que cette journée sera à jamais gravée dans mon disque dur d’humanoïde.
Comme d’habitude, je suis le dernier à monter dans le bus. Comme d’habitude, je suis le dernier à en sortir. Mon arrêt : les Rhéaux. Le temps pour moi d’insulter le chauffeur (alors qu’on le revoit le lendemain matin), mettre deux trois coups-de-poing dans les épaules les plus frêles, et faire une vanne sur la coiffure ratée de Marine. La porte à battants du bus s’actionne. Bus old school, en mode : “la sécurité ? quelle sécurité ? “.

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Le début de l’enfer

Au moment où les portes commencent à se fermer, je suis pris entre deux feux : descendre de ce maudit bus, ou insulter tous les gens qui s’y trouvent : “toi, demain, je te nique. Mon Carapuce va prendre 10 points ce soir”. À ce moment précis, Kévin m’interpelle. Un truc super important à base de câble pour s’échanger des Pokémon si mes souvenirs sont bons. Je pense, en grand foufou que je suis, avoir le temps de lui répondre : “oui, la pokéflûte est à Lavanville, t’es obligé de l’avoir pour réveiller Ronflex.”
A ce moment précis, je commence à me dire que retenir les portes battantes serait une excellente idée. FAUX ! Comme dit précédemment, c’est un putain de bus des années 20. Les portes forcent de plus en plus, je décide de lâcher pour tenter de m’échapper de ces tentacules de la mort. Erreur fatale. Je me retrouve, ni une ni deux, les portes battantes serrant mes tempes et aucun moyen de m’en extirper. La tête dehors, le corps à l’intérieur. Un putain d’étault sur le crâne.
J’entends ce qui se passe à l’intérieur : les rires, les moqueries, mais pas une once d’inquiétude. Je gigote, me démène, crie pour demander l’ouverture des portes, mais personne ne m’entend. Évidemment, ma putain de gueule est à l’extérieur.
Le bus redémarre, avec toujours mon corps entre le bien et le mal. Kévin (mon pote des Pokémon) interpelle à ce moment le chauffeur qui avait fait mine de ne pas voir que j’étais coincé. Il arrête son engin du diable et ouvre ses portes. Je sors d’un coup, comme une balle, tête baissée de la honte et allure des plus véloces pour regagner mon foyer : tartines de Nutella et Fifa 2000 jusqu’à pas d’heure. Et demain, y aura pas école.

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